dimanche 17 février 2013

lettre à mes amis de la Coordination de l'opposition démocratique

publié ce jour par Le Calame à Nouakchott


Quelles que soient la valeur des personnes qui la composent et leur charisme ; la qualité de ses réflexions, documents et propositions, l’opposition démocratique – sous toutes ses appellations depuis qu’ont été autorisés de nouveau par les putschistes de 1978 les mouvements et partis politiques, à la suite du référendum constitutionnel de 1991 – n’est pas parvenue à l’emporter, ni par les urnes, ni par une mobilisation populaire dans la rue, de l’envergure des « printemps arabes » de 2011 et des protestations démocratiques et libérales de ces jours-ci en Tunisie et en Egypte. Le pouvoir en Mauritanie ne se quitte que par la force dont dispose abusivement une minorité de la hiérarchie militaire, et ne se conserve que par l’achat des consciences, la tribalisation de l’Etat, la désespérance. Le constater n’a rien de médisant, ni pour le tenant actuel du pouvoir ni pour vous, chers amis, qui refusez, au nom de beaucoup de vos concitoyens, la condamnation de la Mauritanie au putsch à perpétuité et une image de tolérance internationale au prétexte très « occidental » de lutte contre l’islamisme et le terrorisme, sommairement amalgamés, et dont répondrait le général Mohamed Ould Abdel Aziz.

Une nouvelle plate-forme commune, propagandée en réunions et tournées, pourquoi pas ? Propositions et projets débattus et adoptés consensuellement en exemple donné à l’ensemble du pays, si vous succédez collectivement au système actuel, sont sans doute excellents par eux-mêmes. Mais il faut vaincre. L’empêchement physique du prince régnant ou un nouveau coup militaire ne vous appartiennent pas. Convaincre le premier personnage du régime de céder la place à terme suppose des dispositions de sa part – que je souhaiterai moi-même susciter et vérifier et que vous connaissez mieux que moi.

L’impasse ? Non !

Les éléments de la crédibilité pour vos compatriotes et pour les partenaires de la Mauritanie induits en erreur sur votre pays, ce qui n’est pas nouveau : on ne crut pas pendant au moins une décennie à Moktar Ould Daddah tandis qu’on a cru au tenant actuel au pouvoir bien avant qu’il se l’octroie… ces éléments existent. Pourquoi continuer d’en débattre, alors qu’ils sont évidents et attendus de vos compatriotes et qu’ils en imposeront aussitôt dans le pays et chez ses partenaires, pourquoi tant tarder à en convenir, alors même que votre adversaire – celui qui vous fédère – met maintenant son dispositif en place et a retrouvé sa forme, et donc confiance en lui-même ?

Entre le général Mohamed Ould Abdel Aziz et vous, chargés chacun d’exprimer une des sensibilités de votre peuple, le débat n’est pas tranché : qui est l’espoir pour tant de vos compatriotes, un par un, famille par famille ? Que la question reste posée encore, plus de quatre ans et demi après un énième putsch, me semble le défi que vous lance l’Histoire.

Faites vite et solide. Aide-toi et le ciel t’aidera, recommande l’adage français. Je n’ai pas à l’esprit un verset du Coran, mais il doit y en avoir certainement qui correspondent à ce constat de psychologie et de spiritualité. Et vous entendez qu’« Allah ne modifie point l'état d'un peuple, tant que les [individus qui le composent] ne modifient pas ce qui est en eux-mêmes. » ( Sourate 13, AR-RAAD le tonnerre, verset 11) [1].

 Si vous n’êtes pas à armes égales avec l’homme fort, c’est bien parce que vous n’en prenez pas les moyens précis et pratiques. Si vous les prenez, vous rendrez même service au pouvoir en place car il lui faudra se mettre à jour au lieu que lui et l’étranger, vos compatriotes qui désespèrent et se taisent, raillent votre inexistence et l’absence d’alternative. Alors que vous et moi, nous savons votre légitimité devant l’Histoire et devant le pays.



Bertrand Fessard de Foucault alias Ould Kaïge
16 Février 2013


[1] - traduction d’Idoumou Ould Mohamed Lemine Abass
André Chouraqui : “Allah ne transforme pas un peuple avant qu’il ne se transforme lui-même’’
Mohamed El Moktar Ould Bah :  “Allah ne modifie pas le bien-être d’un peuple tant que celui-ci ne périclite pas de lui-même’’

Aucun commentaire: