mardi 25 novembre 2008

entretien accordé par Sidi Ould Cheikh Abdallahi à un quotidien français . 25 novembre 2008



La Mauritanie à nouveau aux mains des militaires.


à la recherche d'une solution, l'Union européenne veut éviter de faire payer à la population mauritanienne, dont la moitié vit sous le seuil de pauvreté, les conséquences d'éventuelles sanctions économiques.



Qui est ce président déchu ?


On l'appelait « le président qui rassure ». Sidi Ould Cheikh Abdallahi a été élu président de Mauritanie le 25 mars 2007 avec 52,85 % des voix, à l'âge de 70 ans. Présenté comme un homme de consensus, voulant préserver l'unité nationale, il avait alors le soutien des militaires. Son investiture avait consacré la fin d'un processus exemplaire de restitution du pouvoir aux civils, après un coup d'État militaire en 2005, qui avait déjà renversé un militaire au pouvoir depuis 21 ans, Maaouiya Ould Taya, aujourd'hui exilé en Arabie saoudite.

Homme discret, de la communauté majoritaire des Arabes, dans une famille de marabouts de la confrérie des Tidjanes, Sidi Ould Cheikh Abdallahi a été l'élève de la prestigieuse École normale sénégalaise de William Ponty d'où était sortie également la majorité des anciens chefs d'État africains. Francophone et francophile, il a poursuivi des études en mathématiques, physique et chimie à Dakar avant d'obtenir un diplôme d'études approfondies en économie à Grenoble.

De retour en Mauritanie, il a été ministre d'État à l'économie peu après l'indépendance du pays, avant de détenir le portefeuille de l'hydraulique, de l'énergie, et celui très important de la pêche. Il fut à plusieurs reprises arrêté ou mis en résidence surveillée par les militaires. En 1989, il avait préféré s'exiler : il travaillait au Niger pour le Fonds koweïtien. En 2003, il est rentré en Mauritanie, ayant choisi de prendre sa retraite de fonctionnaire. Mais les militaires l'ont rappelé en 2005, lui demandant de faire acte de candidature à la présidence. Ce sont encore eux, l'été dernier, qui ont choisi de l'écarter.

Où en est la Mauritanie aujourd'hui ?

L'embellie démocratique aura donc été de courte durée. Aucune solution pour l'instant n'est envisagée, le nouvel homme fort du pays, arrivé par le putsch du 6 août 2008, le général Ould Abdel Aziz, a une marge de manœuvre étroite, mais il n'a cure des menaces de sanctions individuelles (interdiction de voyager) ou de la mise en quarantaine de la Mauritanie (exclue par exemple de l'Union africaine). Compte tenu de l'extrême pauvreté du pays où la moitié de la population - au total, 3,1 millions d'habitants - vit en dessous du seuil de pauvreté, aucune sanction économique n'a été (et ne sera) prise. L'Union européenne comme l'Union africaine ont décidé d'envoyer une mission commune à Nouakchott, avant le 12 décembre, date d'une prochaine réunion à Addis-Abéba, pour trouver une « solution ».

Ancienne colonie française, trait d'union entre le Maghreb et l'Afrique Noire, terre traditionnelle d'esclaves (même si l'esclavage a été aboli en 1980), la Mauritanie est entrée début 2006 dans le club restreint des pays africains producteurs de pétrole avec l'exploitation du petit champ pétrolier offshore de Chinguetti au large de Nouakchott. La production est de 20 000 barils/jour.

Julia Ficatier


Tous droits réservés : La Croix

Diff. 103 404 ex. (source OJD 2005)

Mardi 25 Novembre 2008


ENTRETIEN. Sidi Ould Cheikh Abdallahi, Président déchu de Mauritanie.


« Je ne désespère pas de retrouver le pouvoir ».


Démis le 6 août par un coup d'État militaire, l'ancien président mauritanien, arrivé démocratiquement au pouvoir en mars 2007, espère en la communauté internationale et particulièrement en la France.



Croyez-vous toujours que vous redeviendrez un jour président ?

Sidi Ould Cheikh Abdallahi : On en est au quatrième coup d'État en Mauritanie depuis l'indépendance en 1960. Mais le putsch du 6 août a été le premier contre un régime démocratiquement installé, contre le président démocratiquement élu que j'étais depuis quinze mois. Malgré ma mise en résidence surveillée dans mon village natal de Lemden (voir carte), je ne désespère pas de retrouver mes fonctions.

Quels sont vos arguments ?

Je suis le président légitime. Il n'est pas question pour moi de baisser les bras puisque la communauté internationale, les Nations unies, l'Union africaine et l'Union européenne ont la même position. Tout le monde condamne le coup d'État, demande le retour à l'ordre constitutionnel. Peu importent les modalités pratiques de mon retour, personne ne glisse de fait vers une légitimation du coup d'État et la reconnaissance du président en place.

Je me réjouis d'avoir entendu le ministre français des affaires étrangères, Bernard Kouchner, déclarer vendredi dernier à Addis-Abéba : « On ne peut accepter que des coups d'État déstabilisent l'Afrique. » Le président Nicolas Sarkozy a eu lui aussi une position très claire, très nette, que j'apprécie hautement : il a immédiatement condamné l'opération et affirmé vouloir tout faire pour le retour du président élu dans ses fonctions. Je lui lance un appel pour que la situation évolue. Après tout, la France est notre ancienne puissance tutélaire.

Comment pouvez-vous renverser la situation ?

Je rejette totalement toute recherche de solution qui porterait en elle l'acceptation de fait et la légitimation du coup d'État. Il n'y a rien qui justifie que le pouvoir m'ait été enlevé par la force. Moi-même, je ne veux pas m'opposer par la force. Je n'en ai pas le pouvoir, ni les armes. Je ne ferai rien pour créer des troubles à Nouakchott. C'est dans le domaine du droit, de la légalité, que je me bats.

Que vous reprochent les putschistes ?

Au moment où je vous parle, ils sillonnent le pays, par l'intermédiaire de leurs ministres, pour expliquer « leur » coup par la corruption, qui serait prétendument de mon fait ou de mon épouse. Que l'on regarde les comptes, je ne crains rien. Le 6 août, les putschistes m'ont accusé d'avoir créé des problèmes au sein de l'armée parce que j'ai démis par un décret à 8 heures du matin le chef de la garde présidentielle, le général Mohamed Ould Abdel Aziz. À 8 h 30, j'étais déjà dans une caserne, arrêté. Ils jugeaient avoir à faire face à un coup d'État civil qui les aurait mis de côté… Aujourd'hui, Mohamed Ould Abdel Aziz est le chef de la junte.

Les putschistes ne vous reprochent-ils pas aussi d'avoir été trop laxiste à l'encontre des islamistes ?

Ils m'accusent d'avoir été trop complaisant avec les islamistes en libérant une dizaine d'entre eux. Mais, quand je suis arrivé à la présidence, ils étaient en prison depuis plus de deux ans sans avoir été jugés. Dans un État de droit, ne fallait-il pas que ces islamistes soient jugés ? Ils dépendaient du ministre de la justice. Par ailleurs, une fois les verdicts proclamés (libération pour certains, peines légères pour d'autres), un appel a été interjeté à ma demande car je les jugeais trop cléments !

Les militaires voudraient me faire passer pour un intégriste, parce que j'ai fait construire aussi une petite mosquée dans l'enceinte de la présidence. Ils m'accusent de n'avoir pas su protéger la Mauritanie des islamistes armés. Or c'est toute la sous-région, dans la bande sahélienne, qui est attaquée par des groupes islamistes. Les putschistes viennent d'en faire les frais. Ils ont connu, il y a un mois et demi, une forte attaque d'islamistes armés à Tourine dans le nord. Onze militaires, et leur guide, ont été assassinés.

recueilli par Julia Ficatier




information documentaire - discours à Rosso 24 novembre & réunion à Addis-Abeba 21 novembre 2008



les passages soulignés le sont par OK


Mauritanie/Présidence/Conférence
Le Chef de l'Etat: "Nous ne sommes pas concernés par les activités et les déclarations de l'ancien président ni par celles de ce qui est appelé le Front tant qu'il n'y a pas atteinte à la sécurité"

Nouakchott, 24 nov (AMI) - Le général Mohamed ould Abdel Aziz, président du Haut Conseil d'Etat chef de l'Etat a affirmé la détermination des autorités publiques d'oeuvrer au développement de la ville de Rosso en tant que vitrine du pays et d'ouvrir de nouvelles perspectives à ces habitants dans le domaine de la formation professionnelle, du développement de la production agricole et de la lutte contre la pauvreté.Le chef de l'Etat qui parlait au cours d'une conférence de presse qu'il a tenue hier soir à Rosso a dit, dans ses reponses aux journalistes: " Nous ne sommes pas concernés par les activités et les déclarations de l'ancien président ni par celles de ce qui est appelé le Front tant qu'il n'y a pas d'atteinte à la sécurité, et là c'est une ligne rouge, et l'ancien président peut imaginer ce qu'il veut".
Voici l'introduction faite par le chef de l'Etat à cette conférence de presse et ses reponses aux journalistes:Comme vous le savez, nous sommes venus ici pour effectuer une visite à la wilaya du Trarza et à la ville de Rosso. Nous avons pu visiter certains lieux comme l'hôpital régional et un quartier précaire de la ville ainsi que la station de recherches agricoles relevant de l'instance arabe de développement et d'investissement agricoles, le centre d'accueil des citoyens mauritaniens revenant du Sénégal connu sous le nom de "centre du lycée de Rosso" et d'autres lieux. Dans le cadre de cette visite, nous avons aussi eu des rencontres avec les députés, les sénateurs et les maires dans la wilaya du Trarza. Je voudrais à cette occasions écouter les questions des journalistes pour y repondre.
En reponse à une question relative aux candidatures à la présidence et à une autre portant sur la reforme de la presse et à la solution du problème de Tintane, le chef de l'Etat a précisé que la candidature des officiers dont certains sont membres du Haut Conseil d'Etat n'est pas posée actuellement. Cette question parmi d'autres relatives aux problèmes de la démocratie dans le pays, nous oeuvrons pour les trancher à travers les Etats généraux de la démocratie. Elles seront discutées par le peuple mauritanien, dans ses diverses composantes, ses représentants, ses personnalités traditionnelles et religieuses dans les différentes wilayas. Le Haut Conseil d'Etat est tenu moralement, sans y être contraint naturellement, d'exécuter ce qui sera issu de ces Etats généraux en tant que volonté exprimée par le peuple mauritanien, qu'il s'agisse de l'organisation d'élection dans un délai d'une semaine, par exemple ou une année et quelle que soit la conception relative à l'habilité à la candidature à la présidence ou à l'interdiction pour les militaires ou d'autres parmi ceux qui ont déjà géré les affaires du pays et qui s'y sont mal pris, de se présenter, tous doivent faire preuve d'équité dans ce sens, comme c'est le cas aussi pour l'institution militaire qui tiendra compte de la volonté du peuple mauritanien.Je voudrai réaffirmer ici que la question dépend en premier et dernier ressort du peuple et le rôle de l'armée se limite à vous servir et à garantir la sécurité du pays dans cette étape".
A propos des expulsés, le chef de l'Etat a affirmé que " ceux qui étaient réfugiés au Sénégal ont été autorisés à revenir en Mauritanie sans pour autant changer la situation dans laquelle ils se trouvaient. On peut même dire que leurs conditions ont empiré après leur retour, en ce sens qu'ils ne disposent pas du minimum nécessaire à la vie dans les centres d'accueil, ce que leur patrie ne doit pas accepter pour eux. Ceux-ci doivent eux-mêmes contribuer à l'amélioration de leurs conditions de vie et l'Etat doit lui aussi collaborer avec eux et avec le peuple pour que tous vivent dans des conditions acceptables garantissant une vie digne à tous en tant que frères et citoyens, et c'est ce auquel nous nous attelons.En ce qui concerne Tintane, je m'emploie à trouver une solution à son problème. Même avant le 6 août, j'ai entrepris des auspices dans ce sens. Après le changement directement, nous nous sommes attelés à matérialiser cette solution et le problème était retardé uniquement par les cadres, l'administration mauritanienne, la lenteur des procédures administratives, la manipulation et la perte de temps.Nous sommes actuellement en train d'examiner un plan à ce sujet élaboré il y a une semaine et qui sera exécuté inchaallah dans la première dizaine du mois de décembre prochain.
En tout cas, nous accordons une grande importance à ce problème que nous n'oublions pas et à la solution duquel nous nous attelons et nous considérons que le report de ce problème était l'une des erreurs de l'ancien gouvernement.En ce qui concerne la presse, le chef de l'Etat a indiqué que c'est "un problème semblable à celui des partis et des organisations de la société civile et les traiter de manière à exclure certains ne fait que les compliquer. Des instructions seront données au ministère chargé de la communication pour trouver une solution à ce sujet dans la limite des lois".
Dans sa réponse à une question se rapportant au statut de l'ancien président, le Chef de l'Etat a dit que "les mauritaniens connaissent tous l'ancien président et connaissent la manière et les moyens qui l'ont fait parvenir à la place où on l'appelait président. Et lorqu'il est parvenu à cette place, vous connaissez ce qu'il a entrepris et la façon avec laquelle il dirigeait les affaires ou plutôt la manière avec laquelle le groupe qui se servait de lui conduisait le pays à la ruine. Le bilan définitif est du fait de ceux-ci et non de son fait à lui. Ainsi, après son élection d'une façon que tout le monde peut considérer comme démocratique, et moi je suis persuadé que vous n'êtes pas comme l'Union Africaine ou l'Union Européenne, mais des citoyens mauritaniens qui ont participé à ces échéances et ont accompagné tout ce qui s'était passé.
Et lorqu'il est parvenu à la Présidence avec la majorité qu'il a trouvée devant lui, qui a soutenu son programme, et l'a appuyé, alors, il l'a ignorée pour devenir un instrument entre les mains d'autres ne le connaissant pas et qui n'ont pas bougé le petit doigt pour le faire parvenir au pouvoir, ce qui a conduit cette majorité à recourir, de manière démocratique, à créer des problèmes à l'ancien président ce qu'ils sont fondés à faire démocratiquement et moralement après que l'ancien président eût ignoré cette majorité. C'est dans ce cadre qu'une motion de censure a été présentée contre le gouvernement à laquelle le président s'est opposée recourant à un jeu consistant à demander à son Premier ministre de démissionner pour lui renouveler par la suite son mandat à la fin de la session parlementaire et nommer les mêmes personnes et vous connaissez que comporte ce gouvernement de symboles de la gabegie. Ce qui a conduit la majorité à agir et par voie de conséquence notre soutien à cette action, c'est notre conscience que le pays, dans les conditions de l'agissement de l'ancien président, va à la ruine. Et notre espoir derrière cette intervention était de voir le président reviser ses positions et retourner au processus normal qui sert les intérêts du pays.
La responsabilité de la gabegie en Mauritanie est du fait de certains individus et de certains groupes connus. Le coup d'Etat de 2005 a oeuvré pour la réforme et pour changer cette situation. La période de transition a été marquée par l'opposition de ces gens là aux réformes et vous connaissez ce qui s'est produit et la période de la transition s'est achevée par l'élection du Président avec lequel nous avons oeuvré pour consacrer les réformes auxquelles se son trouvés opposés les éléments de la situation que j'ai décrite plus haut car il n'est pas concevable que l'on retourne au point de départ, c'est à dire que le Président nous fasse retourner à la situation d'avant le 3 août. Nous ne l'accepterons pas. Nous n'avons pas oeuvré dans le cadre du coup d'Etat pour éluder ce problème. Il s'est agi surtout d'essayer de règler ce problème de manière démocratique nous fondant en cela sur une majorité parlementaire qui a oeuvré de manière démocratique soit à corriger le processus soit à faire démettre le Président de manière constitutionnelle.
Le Président déchu y a fait face par le l'achat des consciences moyennant des millions et nous disposons de dossiers qui le prouvent, des signatures de l'ancien Président sur des documents au nom de certains députés et sénateurs. Aussi un groupe resta -t- il avec lui et lui-même sait personnellement que j'ai mis la main sur le dossier en question. C'est ainsi que les fonds de l'Etat ont été orientés pour l'achat des consciences et la destruction de la démocratie au lieu de les consacrer aux projets qui se répercutent sur la vie des citoyens. Lorsque l'ancien Président a échoué politiquement, il s'est évertué à répercuter son échec vers les forces armées et de sécurité et nous avons appris les mesures prises par lui dans ce sens avant le changement. Aussi a -t- il contacté des officiers qu'il a nommés et qui ont refusé de participer au désordre qu'il allait provoquer dans le pays nous informant de ses intentions et refusant des responsabilités en contradiction avec les intérêts du pays. De toute façon, il appartient à l'ancien président d'imaginer ce qu'il veut, président ou roi nous n'avons rien contre, cela ne nous concerne pas, il peut se déplacer comme il veut dans le lieu où il se trouve pour peu que cela n'ait pas d'incidence sur la sécurité. C'est là une ligne rouge qu'il ne doit pas dépasser, ni lui, ni personne d'autre. Nous n'avons aucune objection contre le fait qu'il soit un président virtuel sans attenter à la sécurité du pays ce qui n'est toléré à personne.
C'est lui- même qui a été à l'origine de la situation qui a conduit au changement et c'est lui-même qui s'est mis dans sa situation post changement et c'est nous qui l'avons sorti de cette situation vers le lieu où il se trouve aujourd'hui et avec le temps, s'il revise ses positions, nous pouvons le faire parvenir à une autre étape. Les coups d'Etat que le pays a connus avant 2005 - qui a eu lieu de l'intérieur du palais et qui a été maîtrisé - ont été causés par la gabegie et les pratiques des auteurs de la gabegie et de la dictature. Le Haut Conseil d'Etat ne veut pas soutenir les auteurs de la gabegie car il est convaincu qu'ils ne servent pas les intérêts du peuple ni de l'Etat. Je pense à cet égard que les dossiers de la gabegie ne connaissent pas de frontières et il n'y sera pas fait obstacle et personne ne se dressera contre. Nous nous engageons, pour notre part, à respecter la justice dans le prononcé des jugements contre les criminels qui ont dilapidé les richesses du pays et ses potentialités".
Le Chef de l'Etat a indiqué au sujet des états généraux de la démocratie, nous ne sommes pas très pressés. L'organisation de ces forums aura lieu. Nous invitons tout le monde aussi bien ceux qui soutiennent le changement que les autres pour y prendre part et défendre leurs points de vue dans un espace libre et ouvert permettant à tous de s'écouter les uns les autres sans exclure qui que ce soit". Il a dit: "nous sommes persuadés de l'importance que revêt le règlement de nos problèmes au niveau intérieur et dans la concertation. Nous sommes les mieux placés pour connaitre la nature de nos problèmes et les solutions qui leur sont adaptées et qui servent l'intérêt général. Et c'est précisément ce que nous avons dit au Président de la commission de l'Union Africaine et nous l'avons informé du fait que la Mauritanie est un pays sûr et qu'il n'y a pas de problèmes et que ce qui s'y est prduit est une affaire intérieure que les mauritaniens eux-mêmes vont dépasser et ils sont prêts à négocier avec tous les citoyens, acteurs, partis politiques, société civile et élus afin de transcender la situation actuelle et que nous n'allons pas accepter le diktat de l'étranger".






Réunion consultative sur la situation en Mauritanie
Addis Abéba, 21 novembre 2008

COMMUNIQUE
1. Comme convenu lors de la réunion consultative sur la situation en
Mauritanie organisée à Addis Abéba le 10 novembre 2008, une autre réunion
consultative sur la situation en Mauritanie s’est tenue à Addis Abéba, le 21
novembre 2008, à l’initiative du Président de la Commission de l’Union africaine
(UA), S.E.M. Jean Ping, en marge de la rencontre des Troïkas de l’Union
européenne (UE) et de l’UA. Cette réunion a regroupé les organisations
suivantes : Ligue des Etats arabes, Nations unies, Organisation de la Conférence
islamique (OCI), Organisation internationale de la Francophonie (OIF), UE et UA.
La réunion s’est déroulée en présence de S.E. M. Jean Ping et de S.E.M. Bernard
Kouchner, Ministre des Affaires étrangères et européennes de la France,
Président du Conseil de l’UE.

2. Les participants ont constaté qu’après le communiqué conjoint publié à
l’issue de la réunion consultative du 10 novembre 2008 et marquant la nécessité
de nouvelles propositions de la part des autorités issues du coup d’Etat pour
permettre le retour à l’ordre constitutionnel, celles-ci n’ont fait parvenir ni à l’UA ni
à l’UE aucun élément nouveau par rapport au document soumis à l’UA le 4
novembre 2008, et cette réponse a été jugée insuffisante par la communauté
internationale.
3. Les participants ont rappelé le communiqué du 10 novembre 2008, en
particulier les éléments pour le règlement de la crise mauritanienne qui y sont
contenus: libération inconditionnelle du Président Sidi Mohamed Ould Cheikh
Abdallahi, sa contribution en sa qualité de Président à la recherche d’une solution,
la participation de toutes les parties prenantes et le plein respect de la
Constitution. Dans ce cadre, cette approche pourrait conduire à la tenue
d’élections présidentielles libres et régulières, comme élément d’une solution
globale, pacifique et démocratique à la crise, qui soit acceptable pour le peuple
mauritanien et jouisse de l’appui de la communauté internationale.
4 Les participants ont apporté leur appui au communiqué du Conseil de paix
et de sécurité (CPS) de l’UA du 11 novembre 2008 et ont encouragé l’UA, si les
efforts actuels échouent, à inclure parmi les mesures concrètes à prendre, sur
proposition de la Commission de l’UA, la possibilité d’une saisine du Conseil de
sécurité de l’ONU, parallèlement aux procédures des instances compétentes de
l’UE.
5. Les participants ont exprimé l’intention de leurs organisations respectives à
tirer les conclusions de l’impasse actuelle et à prendre, le moment venu, les
mesures appropriées, notamment des mesures individuelles, en fonction de leurs
procédures respectives.
6. Les participants ont pris note du transfert du Président Sidi Mohamed Ould
Cheikh Abdallahi dans le village de Lemden où il est maintenant en mesure de
communiquer et de recevoir des visiteurs et du fait qu’il s’exprime en tant que
Président de la République, bien qu’il reste privé des prérogatives de ses hautes
fonctions.
7. Etant donné que le Président peut, à présent, recevoir et parler à des
visiteurs, les participants sont convenus de dépêcher, avant leur prochaine
reunion, une délégation de haut niveau en Mauritanie conduite par l’UA et
comprenant les représentants de la Ligue arabe, des Nations unies, de l’OCI, de
l’OIF et de l’UE. Cette mission a pour mandat de s’entretenir avec le Président Sidi
Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et le Général Mohamed Ould Abdel Aziz, pour
les engager à envisager une solution consensuelle de sortie de crise comprenant
les éléments clés mentionnés au paragraphe 3 susmentionné.
8. Les participants ont réitéré leur volonté de poursuivre leur étroite
coordination sur ce dossier. A cette fin, ils ont prévu de tenir leur prochaine
réunion à Bruxelles, le 12 décembre 2008.
9. Les participants ont rencontré les membres permanents et les membres
africains du Conseil de sécurité des Nations unies, avec lesquels ils ont eu un
échange approfondi sur la situation. Les membres du Conseil de sécurité ont
réaffirmé leur plein appui aux efforts de l’UA et des organisations partenaires, et
ont réitéré leur disposition à examiner à nouveau la situation à la lumière de
l’évolution des efforts visant à régler la crise et à restaurer l’ordre constitutionnel
en Mauritanie. Ils se sont associés aux termes du présent communiqué.
Addis Abéba, le 21 novembre 2008

débat - des institutions proprement mauritaniennes




Pour des institutions consensuelles - publié par Le Calame daté du 11 Novembre 2008


Des institutions proprement mauritaniennes - publié par Le Calame daté du 25 Novembre 2008





Pour des institutions consensuelles





Le mode de dévolution du pouvoir se ratifie mieux qu’il ne s’invente. La Mauritanie, les Mauritaniens le savent comme tout autre nation. Le temps fait tout et ce qui est accident ou circonstances recueille rétrospectivement le consentement de tous et devient jurisprudence, règle.

Moktar Ould Daddah exerce le pouvoir de 1957 à 1978 par consensus. Consensus des élites de l’époque : 1957, selon une administration française qui avait compris que rien ne vaut davantage que l’entente entre les administrés pour distinguer le chef. Consensus des partis de l’époque : 1961, beni oui-oui, opposants de la Nahda ou sympathisants du Mali, guerriers du nord, tous consentent à la fusion des partis et à l’investiture du Premier ministre pour la présidence de la jeune République islamique. 1966, 1971, 1976, investiture du candidat unique par le congrès du Parti, lui-même fonctionnant par consensus.

Second mode : la force, les putsches de 1978, de 1984, de 2005 et de 2008, tous de salut public mais de perspectives différentes. Les deux premiers n’envisagent la démocratie qu’à terme et ne se soucient pas de la désignation du futur chef, c’est le présent qui l’emporte (pendant treize ans). Les deux derniers ont un même objet : mettre fin à un exercice du pouvoir généralement condamné, mais l’objet est vite dissimulé par la proposition d’avenir. La démocratie en 2005 pour 2007, un exercice du pouvoir enfin bénéfique selon les discours de l’homme fort auto-proclamé depuis trois mois. A la force rien ne peut répliquer que la force, ce fut le cas pendant trente ans, c’est un cas de figure si l’expérience actuelle continue de ne se fonder que sur la force, la propagande et les réponses suscitée dans la population n’y pourront rien.

Troisième mode : l’élection. Sous le régime consensuel de 1961 à 1978, l’élection n’était qu’une forme de la participation au consensus, elle n’était pas une option entre des alternatives. Dans le système constitutionnel du 20 Juillet 1991 – modèle importé de France via l’adaptation algérienne (qui a aujourd’hui fait long feu à Alger) – le pouvoir est reçu ou confirmé par élection. Dans les pays aux racines démocratiques anciennes (un siècle ou deux, ce qui de mémoire humaine et surtout d’instinct collectif est peu…), l’élection va de soi, sa transparence moyennant discussion qui n’aboutit pas (les recomptages de bulletins de vote en 2000 pour Bush junior voire la confidence que me fit François Mitterrand en 1979 qu’il avait gagné l’élection de 1974 contre Valéry Giscard d’Estaing, mais grâce à l’outre-mer, ce qui ne lui donnait que moins de 40.000 voix d’avance, insuffisant pour appliquer un vrai programme de gauche et de rupture). Au contraire en Mauritanie, la discussion est telle en 1992, en 1997, en 2003 et de façon plus feutrée en 2007-2008 que la légitimité, décidément, ne sort pas des urnes. Le légalisme affirme que oui, mais la fraude était avérée sous Maaouyia Ould Sid’Ahmed Taya et si elle ne le fut pas à l’automne de 2006 et au printemps de 2007 (fonctionnement consensuel de la CENI), la rumeur a été que le vainqueur avait été choisi et soutenu par les militaires. Le putsch de 2008 n’étant somme toute qu’un retrait de la confiance initialement accordée. Doctrine militaire de la souveraineté nationale en Mauritanie : les forces armées sont les dépositaires, en dernier resoort, de la légitimité et de la souveraineté. Thèse qui peut valoir à condition qu’elle soit acceptée par l’ensemble des Mauritaniens et que soient réglées les formes d’avancement dans l’armée, l’accès-même à la fonction militaire (comme en Union soviétique, on était ou pas admis dans le Parti communiste au sein duquel se faisait toute carrière), et qu’enfin le système fonctionne sans que quelques officiers s’attribuent tout en intimidant leurs pairs ou en appelant à leur solidarité passive jusqu’à ce que quelques autres se rebellent, cf. 1984 et 2003.

Ce qui prévaut depuis trois mois est une dévolution du pouvoir par la force que ratifiera un plébiscite. Rien ne pourra l’empêcher qu’une force opposée. Il n’y a pas à y réfléchir, sauf à constater que le défaut de légitimité – et donc de consensus pour la dévolution du pouvoir – finit à terme (mais ce terme peut être long à venir) par toujours renverser l’état de fait. L’appel populaire à une mémoire qui fait consensus – celle de Moktar Ould Daddah, pour la première fois, honorée de quelque symbole, le 5 Novembre dernier, a de multiples interprétations possibles. Une seule semble retenue : personne d’autre ne fait consensus.

La preuve a été faite que le système importé en 1991 – et dont la rédaction fut bâclée autant alors que dans la révision adoptée par referendum du 25 Juin 2006 – n’est pas viable, car ses deux propositions principales ne tiennent pas en Mauritanie. La dévolution du pouvoir par élection est et restera discutée tant que les élections seront suspectées et les candidatures manipulées par une force antérieure à l’élection. L’alternance au pouvoir – critère de la démocratie en Europe occidentale, en Amérique du nord et au Japon (ou – là-bas – c’est plutôt successivité du pouvoir) – n’a pas été vêcue comme telle pendant les quinze mois d’exercice des fonctions présidentielles par Sidi Ould Cheikh Abdallahi : impatience autant du R.F.D. que des militaires, incapacité de la plupart des protagonistes du jeu constitutionnel de laisser au temps la mise en œuvre de toutes les procédures parlementaires. Dès l’automne de 2007, on ne se voyait plus attendre encore quatre ans et demi, dès le printemps 2008 on ne voulait plus attendre même l’automne de 2008. Qu’y faire ? pour l’avenir, sinon inventer – à la mauritanienne – d’autres institutions que l’étranger aura du mal à comprendre, mais c’est le propre de l’étranger de ne comprendre qu’à partir de lui-même ou d’imposer un modèle. Le génie de l’administration française en Mauritanie avait été d’importer un modèle « colonial » uniforme, mais en pratique de laisser fonctionner la chefferie traditionnelle, même pour le recrutement et le fonctionnement de l’assemblée terrioriale, et ce fut un génie – supérieur – que celui de Moktar Ould Daddah sous les apparences du modèle constitutionnel importé (la Constitution parlementaire du 22 Mars 1959 puis présidentielle du 20 Mai 1961, toutes deux adoptées par consensus, sauf l’opposition de Sidi el Moktar N’Diaye, pour a seconde) de faire fonctionner, en réalité, un tout autre système.

Celui-ci – tel que je l’ai compris en l’observant et en le discutant autant avec le Président qu’avec ses jeunes opposants, dans les années 1970 – fonctionnait suivant quelques principes :

1° la discussion jamais interrompue tant que l’on n’aboutissait pas au consensus valait sans vote mais par l’acquiescement de chacun aux compromis et aux perspectives sur lesquels on s’était accordé [1];

2° les questions d’application se tranchaient selon des rapports et de nouvelles discussions en commission, reprenant s’il le fallait tous les principes et acquis à leur racine (cf. Le Calame 3 Octobre 2008 . chronique anniversaire des 1er-4 Octobre 1963) ;

3° les instances délibératives et plus encore exécutives : Bureau politique national, Conseil des ministres ne votaient pas ou seulement pour la forme (à main levée), en sorte que personne n’était mis en minorité et qu’il n’y avait pas, au sein du système, d’opposition formelle et déclarée. Il y avait accord sur une discipline consistant à appliquer ce qui avait été unanimement décidé ;

4° la participation la plus générale était systématiquement souhaitée, recherchée et organisée : conseil des ministres, bureau politique national, groupe parlementaire du Parti furent à partir de 1966 et plus encore 1971 et 1975 fusionnés dans les grandes circonstances. La prise de parole était sollicitée par le président [2]. Chef-d’œuvre : les séminaires de 1969 à 1971 racine (cf. Le Calame 3 Octobre 2008 . chronique anniversaire des 6-13 Octobre 1969).

Le système était volontairement, constamment maintenu en étant d’ouverture et d’intégration des nouveaux éléments ou des « repentis ». C’était le génie propre de Moktar Ould Daddah, ne posant guère la question de confiance que dans trois hypothèses, vérifiées historiquement :

1° la formation du gouvernement en 1957 ;

2° l’application des décisions du congrès par le Bureau politique en 1963 ;

3° les élargissements aux « jeunes », à de multiples reprises entre 1969 et 1975.

Comment écrire et surtout pratiquer ce système aujourd’hui et demain ?
car à l’évidence le putsch de 2008 – contrairement à celui de 2005 dans ses premiers mois (il y eut ensuite le procès d’intention fait à Ely Ould Mohamed Vall de se maintenir au pouvoir par divers artifices, dont l’abstention ou le vote blanc aux premières consultations) – ne fabrique qu’un clivage opposition/majorité. La minorité hostile au nouveau cours des choses représente au moins les 2/5ème du Parlement, et les membres de la junte se répandant à l’intérieur du pays n’ont pas toujours pour les accueillir l’ensemble des élus municipaux, loin s’en faut. Le plébiscite en cours – préparé par une pétition contre l’ingérence de l’étranger et l’embargo, tous les deux peut-être redoutés mais absolument pas vérifiés, jusqu’à présent – ne réduira pas l’opposition intérieure.

Il me semble que quels que soient les textes constitutionnels, la pratique du pouvoir – étant réglé, de fait ou à la longue, le mode de dévolution du pouvoir, affaire de participation et non de résignation populaires – doit reproduire les modes de discussion et de consentement traditionnels, millénaires en Mauritanie. Le bicaméralisme est coûteux, il a été inventé pour que Maaouyia Ould Sid’Ahmed Taya ne soit pas prisonnier d’élections à l’Assemblée nationale qu’il n’aurait pas contrôlées. Les instances du genre Conseil consitutionnel ou Haute Cour de justice n’ont pas de sens quand les élections sont truquées ou quand on veut ratifier une déposition du président déjà effectuée par la force. L’exercice du pouvoir doit être collégial, ce que ne prévoit pas l’ « ordonannce constitutionnelle » du 11 Août racine (cf. Le Calame 19 Août 2008 . analyse comparée des chartes militaires avec l’actuelle) , laquelle n’a d’ailleurs pas davantage prévu le titre de chef de l’Etat pour le président du Haut Conseil d’Etat.

Quels que soient les intitulés des institutions à venir, et même quelles que soient celles-ci qui n’ont pas forcément à être écrites – les politologue sauront décrire les fonctionnement sans qu’il y ait des appellations – les Mauritaniens consentiront au pouvoir dominant s’ils ont la sensation vêcue qu’ils y participent. Pas seulement lors d’élections jusqu’à présent jugées peu significatives dès leur résultat…, mais surtout à longueur de temps. Accessoirement, mais c’est décisif, il faut des chefs dont l’autorité s’impose davantage par rayonnement personnel et moral que par l’élection ou la force. Chacun le sait.

Quant à la démagogie, les « copiers-collers » depuis trente ans du discours de l’homme fort du moment (c’est sous Mohamed Khouna Ould Haïdalla que les militaires inventèrent le slogan de la « rectification »… quant aux bienfaits : électrification, routes et autre prix du gaz, c’était le thème de la campagne de Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya en Octobre 2003 pour faire oublier les combats du mois de Juin précédent) montrent que celle-ci s’effondre dès que la force ne les soutient plus, renversée qu’elle est par une autre force.

Bertrand Fessard de Foucault . 8 XI 08


[1] - L’arbitraire se définit comme des actes sans base légale ni règlementaire, je prétends que nous avons toujours agi dans le cadre de nos lois et de nos règlements.
Comment ceux-ci étaient-ils confectionnés et adoptés ? Nous entreprîmes d’abord qu’ils soient vraiment les nôtres, pas seulement pour qu’ils répondent à nos réalités, mais pour que vraiment chaque Mauritanie et chaque Mauritanienne puissent être sûrs que c’étaient bien la loi mauritanienne et non pas des lois étrangères, qui étaient appliqués. Le Parti les inspirait et qui à l’époque a pu ne pas observer cette façon de prendre nos décisions d’orientation les plus fondamentales ? Certes, beaucoup venaient de ma conviction, mais cette conviction je la formais dans mon esprit en écoûtant dans les instances du Parti et en dehors, chez les jeunes autant que chez les vieux. Beauoup d’idées me sont toujours venues des autres, et mon opinion est faite d’après mes infiormations recueillies des uns et des autres. Des réunions du B.P.N. ou du conseil des liniustrres, dont chacun se souvient qu’elles pouvaient durer la journée, voire plusieurs jours, je ne saurais dire lesquelles étaient les plus stimulantes et informatives pour moi. Chacune avait son domaine, très probablement les ordres du jour n’étaient jamais les mêmes bien que parfois les questions se recoupaient. Le rapport moral du secrétaire général du Parti était soumis au Bureau politique national, débattu, adopté avec des modifications selon les cas ; il était ensuite présenté à la base, région par région où se rendaient un ou plusieurs membres du Bureau politique ; le Congrès, c’est-à-dire le peuple souverain réuni en Congrès l’entendait, le discutait, le disséquait en commisions spécialisées ou de synthèse en même temps qu’étaient présentés,, le plus souvent des rapports sectoriels par les secrétaires compétents, domaine par domaine, au B.P.N. sortant ; puis des résolutions étaient proposées, débattues à leur tour et adoptées en commissions puis en séance plénière ; l’ensemble était, dans les jours et mois qui suivaient, expliqués à la base vers laquelle revenaient les responsables nationaux, nouvellement élus par le Congrès ou, dans nos dernières années, par le Conseil national. A l’occasion de chacune de ces rencontres et réunions, chacun s’exprimait librement, parfois longuement et le reproche me fut souvent fait de ne pas discipliner davantage temps de parole et de débat ; les responsables, moi le premier, prenaient note des cririques, des observations, des suggestions. Nous n’avions pas réponse à tout mais mon obsession était que, même si le processus était long, les décisions soient acceptées poar le plus grand nombre, par la plus grande majorité dans l’instance considérée, soit du Parti soit du gouvernement, en fait dans tout le pays. Bien souvent, j’annonçais ces thèmes et les soumettais donc au débat national lors de mes tournées de prise de contact ou à des rassemblements populaires tels que celui tenu au Ksar de Nouakchott, le 15 Février 1966, à la suite des regrettables événements de 1966 ou en commentaire de la nationalisation de MIFERMA, le 29 Novembre 1974. Je ne manquais pas une occasion pour répéter : « Quand bien même, il n’existe pas de parti d’opposition, votre militantisme doit être actif. Nous sommes tous responsables ». – Termes littéraux d’une conversation en tête-à-tête avec le Président, le soir du mercredi 1er Janvier 2003, insérés le lendemain dans le projet de ses mémoires : Moktar Ould Daddah La Mauritanie contre vents et marées (Karthala . Octobre 2003 . 669 pages – disponible en arabe et en français) pp. 573.574

[2] - Ma tâche était d’autant plus difficile que, pour ne parler que des moyens humains dont le rôle - il est vrai - est primordial, déterminant dans toute entreprise du genre - nous manquions cruellement de cadres valables. Et que, circonstance aggravante, je n’étais pas moi-même particulièrement qualifié pour orchestrer et dominer valablement tous les aspects de la construction nationale. En effet, ma formation générale, avec ses grandes lacunes et mon inexpérience d’homme d’Etat me qualifiaient peu pour être l’homme-orchestre idéal dans notre contexte d’alors. Mais, quoi qu’il en fût, j’étais, par la volonté de Dieu d’abord, du peuple mauritanien ensuite, à la tête de l’Etat-Nation à créer, puis à consolider pour le mieux être du peuple mauritanien. Très lourde responsabilité que j’ai, néanmoins, acceptée devant Dieu, devant l’Histoire et devant le peuple mauritanien. Pour l’assumer au mieux, à défaut de compétence technique et d’expérience, j’avais par contre une foi inébranlable et ardente en l’avenir de mon pays et de son peuple pour lesquels j’avais – et j’ai toujours - un amour incommensurable. Foi et amour qui me servaient de stimulants dans l’action quotidienne, qui furent mon meilleur bouclier contre le découragement dans les moments difficiles, qui me permirent, avec l’aide de Dieu, celle des équipes dirigeantes successives et celle du peuple mauritanien, mobilisé au sein de son Parti, de jeter les jalons de la Patrie Mauritanienne, envers et contre tout.
L’essentiel de mon action théorique, avait donc pour cadre le Conseil des Ministres hebdomadaire, Conseil dont j’ai essayé de faire “une école civique” : au niveau du Parti, j’agissais de même lors des réunions du B.P.N. et des autres instances du P.P.M. que je présidais. Ainsi, je profitais souvent des réunions du Conseil des Ministres pour donner des explications et faire des commentaires sur telle ou telle question importante de l’ordre du jour ou d’actualité, pour faire des recommandations ou donner des conseils se rapportant aux devoirs des hauts responsables. J’en profitais toujours - je ne sais si je l’ai déjà dit - pour provoquer les débats les plus ouverts et les plus libres possibles. En particulier, j’incitais les Ministres à intervenir : manière de les initier aux débats démocratiques, de les faire participer activement à la prise des décisions, à les responsabiliser, en un mot. D’où des Conseils toujours plus ou moins longs.
En outre, je faisais grand usage des circulaires adressées aux Ministres. Circulaires de portée générale ou de principe et circulaires relatives à telle ou telle question particulière. De la sorte, j’utilisais à la fois l’oralité et l’écriture. Au Conseil des Ministres, il n’y avait pas de vote formel. Mais, les décisions étaient toujours prises à la majorité qui se dégageait des discussions, même quand je faisais partie de la minorité d’opinions exprimées pendant les débats.
En plus des Conseils des Ministres hebdomadaires, je présidais souvent des réunions interministérielles consacrées à l’étude de tel ou tel dossier important. A ces réunions participaient, presque toujours, des hauts fonctionnaires du secteur - ou des secteurs - considéré. Parfois même y prenaient part des particuliers : hommes d’affaires, hommes de culture traditionnelle islamo-arabe ou de culture moderne. Ces réunions me permettaient, non seulement d’approfondir l’étude d’un problème donné, mais aussi de prendre des contacts directs avec des responsables autres que les Ministres et avec des citoyens n’exerçant pas de responsabilité étatique, mais qui participaient, d’une manière ou d’une autre, à l’oeuvre de construction nationale. Ainsi, j’avais des échos relatifs aux préoccupations populaires, échos moins déformés que ceux qui me parvenaient par les filières officielles.
Moktar Ould Daddah op. cit. ibid., pp. 400.401


Des institutions proprement mauritaniennes





Tribus, ethnies, statut social ancien, mode de vie, urbanisation, sédentarisation, corruption – tout pouvait diviser les Mauritaniens entre eux, durablement, dangereusement, et cela ne s’est finalement pas produit depuis bientôt cinquante ans que la République Islamique de Mauritanie a été proclamée.
En revanche, depuis le 6 Août, un clivage – fort mais légitime, et signe de maturité – est apparu.

Les uns jugeant sévèrement, quelles que soient les circonstances et l’héritage, l’exercice du pouvoir par Sidi Ould Cheikh Abdallahi, applaudissent à la prise de pouvoir des généraux Mohamed Ould Abdel Aziz et El Ghazaouani ; ils constatent la baisse des prix des produits de première nécessité, ils entendent le discours de rupture face à la gabegie, la corruption, l’insécurité. Les questions de droit, les représentations internationales leur paraissent totalement décalées par rapport à la réalité ; le nouveau pouvoir leur paraît bénéfique et une dictature bien intentionnée, la forme de gouvernement dont la Mauritanie a besoin, pour une période qu’il est trop tôt de définir. Ces Mauritaniens sont prêts à plébisciter le général Mohamed Ould Abdel Aziz par quelque procédure que ce soit. Les autres défendent bien plus une conception démocratique de la dévolution et de l’exercice du pouvoir que le bilan du président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, que celui-ci ait été ou non empêché de gouverner par ceux qui l’ont renversé quand il a voulu s’en libérer.

Pour que le conflit soit tranché dans les urnes – la démocratie – il faudrait que les élections soient transparentes et libres, que le pouvoir en place, comme depuis l’administration coloniale, ne pèse pas sur le scrutin. Il faudrait au préalable que l’actuel président de la République – empêché par les militaires d’exercer le pouvoir – ait librement ouvert la consultation en démissionnant ou qu’il ait été, en tant que tel : ce qui suppose son rétablissement, condamné en Cour de justice. Il faudrait, une fois l’élection acquise, que le processus du 6 Août – une évaluation par les militaires de la manière dont le nouvel élu, si ce n’est pas le général Mohamed Ould Abdel Aziz, exerce le pouvoir – ne se renouvelle pas tous les ans et demi. On en est d’autant plus loin que les militaires assurent que l’on ne reviendra en aucun cas à la situation d’avant le 6 Août, et que le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi a affirmé publiquement n’avoir pas négocié avec eux, et assuré aux ambassadeurs européens qu’il se considérait toujours comme le président démocratiquement élu et n’avait nulle intention de remettre son mandat en jeu.

Ailleurs, les militaires putschistes sont contraints d’abandonner la place ou empêchés de la prendre : exception, la Birmanie malgré un prix Nobel de la paix, et la révolte des religieux, et des catastrophes naturelles. La Constitution portugaise, à la suite du renversement de la dictature salazariste en 1974, a disposé que « Les forces armées obéissent aux organes de souveraineté compétents, conformément à la Constitution et à la loi. Les forces armées sont au service du peuple portugais. Elles sont rigoureusement non partisanes et leurs éléments ne peuvent profiter de leur arme, de leur poste ou de leurs fonctions pour toute intervention politique. » (article 275 de la Constitution du 2 Avril 1976). Les colonels grecs payent de l’emprisonnement à perpétuité depuis qu’en Juillet 1974, ils ont été renversés par une marée humaine, la dictature qu’ils avaient imposé au pays en 1967. Les généraux français, du putsch d’Alger en 1961, n’ont été grâciés par de Gaulle qu’en 1968. Idéalement, la sortie de crise est celle-ci : procès et condamnation de la junte auto-proclamée Haut Conseil d’Etat. C’est un schéma évidemment importé. Plus probable, si une élection présidentielle plébiscite le général Mohamed Ould Abdel Aziz, est la réédition de ce qu’a vêcu le pays avec le colonel Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya : complots, tentatives de coup d’Etat, élections truquées et tout régime autoritaire engendre la corruption car les intérêts privés ou étrangers veulent des décisions rapides et simples, donc payantes. La gabegie ne date pas de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, mais du putsch de Juillet 1978 : Moktar Ould Daddah est tombé, à l’époque, bien plus pour la chasse aux voleurs et fraudeurs que pour la guerre du Sahara. Les vingt ans de dictature puis de « démocratie de façade » du colonel Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya avaient commencé par un préjugé favorable de beaucoup de Mauritaniens, dont d’anciens ministres de Moktar Ould Daddah. Le régime qui s’élabore et que devraient dessiner des « états-généraux de la démocratie » dont l’idée remonte au printemps de 1991 quand commença la première « transition démocratique », mais ne fut pas mise à exécution, manquera d’originalité. Sauf sur un point, sa légalité, sa constitutionnalité, sa légitimité sont et resteront contestés – pas tant par l’étranger – que par une partie des Mauritaniens, qui ne cesseront de s’exprimer. C’est nouveau, ce peut-être décisif.

La cause de ce gâchis et du temps perdu pour le développement, pour l’éducation, pour une participation exemplaire aux groupements régionaux dont fait partie le pays –, me paraît être dans les institutions que les journées de concertation d’Octobre 2005 et le Conseil militaire pour la justice et la démocratie entre Avril et Juin 2006, n’ont pas osé ou pensé modifier.

La Constitution de Juillet 1991 a été bâclée en tout petit comité, recopiant les institutions françaises, via leur transposition algérienne de l’époque. Deux modes de dissolution, bicaméralisme, parlementarisme, dualisme de l’exécutif. Ces complexités, sans aucun terreau traditionnel, n’avaient aucune incidence entre 1992 et 2005 puisque les élections étaient truquées et que le pouvoir était dictatorial : le Parlement enregistrait, la Cour des comptes ne décelait pas la double comptabilité de la Banque centrale permettant au régime d’être en règle avec les instances financières internationales tout en crevant le plafond des avances au Trésor, les redevances de pêches étaient hors budget. Apparence d’état de droit ! Les mêmes complexités ont été désastreuses quand le régime est devenu démocratique, que le nouveau président de la République a été sincèrement légaliste et moral. Tout simplement parce que le principal supposé des institutions est l’alternance au pouvoir par les élections, mais donc à terme légal, et que ces institutions supposent aussi que le chef de l’Etat ne soit pas sous influence d’un pouvoir extra-constitutionnel : l’armée. Il est apparu que le président de la République a été contesté dans son droit de changer le Premier ministre et que ses opposants – originellement ses soutiens – n’ont pas eu la patience d’attendre la prochaine élection présidentielle. Les discussions sur les procédures parlementaires – initiative et formes d’une session extraordinaire, elle-même destinée selon les opposants, à renverser le gouvernement et à conduire le président de la République en Haute-Cour – étaient sans force parce que n’ayant aucun fondement ni dans une expérience nationale assez longue, ni dans la tradition antérieure aux institutions écrites. Il n’y a que du texte ! pour certains Mauritaniens dont Messaoud Ould Boulkheir, président de l’AsSsemblée nationale, ou pour l’étranger que je suis, c’est décisif, pour bien d’autres, c’est discutable ou inutile. Faire obéir le texte plutôt que lui obéir.

Le régime parlementaire ne s’improvise pas, la dictature, si.
Ni l’un ni l’autre ne correspondent au tempérament et au savoir-vivre mauritaniens.


*
* *


L’expérience de la période fondatrice de la Mauritanie moderne montre qu’un autre mode d’exercice du pouvoir est possible, à condition de l’imaginer librement à partir de soi, à partir de l’identité et de la vie nationale et sociale.
Pour l’étranger que je suis, mais aussi l’observateur de quarante ans, il me semble qu’il faut :
. un régime présidentiel, laissant à une seule pesonnalité pour l’histoire, pour le dehors, pour l’ensemble des forces politiques, pour les gens la charge de tout incarner : les voies de recours, les moyens du consensus, l’expression de la décision faite en équipe. Il est le garant. Moktar Ould Daddah l’a parfaitement incarné, il a été renversé parce qu’il n’opérait pas assez vite le miracle : résoudre la quadrature du cercle saharien, la Mauritanie gardant l’argent du beurre et le beurre, la paix et la réunification.
. le Premier ministre est de trop, soit qu’il empêche le président de gouverner, soit qu’il ne reflète que le président. Le Parlement est un organe formel que comprend l’étranger mais que ne comprennent pas les gens, plus sensibles au rôle d’intermédiaire ou de protecteur que peuvent jouer individuellement les élus. Trop d’élus nationaux et deux chambres rendent flou tout le système que la liberté de former des partis sans élus ni militants (« partis-cartables », dit-on) rend artificiel. La réalité mauritanienne peut – plus efficacement – se gérer avec quelques ministres forts et visibles et, pour la discussion politique, par des associations thématiques ou des familles d’idées, précisément ces « initiatives » qui se sont multipliées ces temps-ci.
. la Chambre de commerce, le Conseil économique et social répondent à peu près au même besoin : une représentation au niveau national et pour accueillir l’étranger, qui soit composée légalement par l’élection et par nomination. Une seule institution socio-économique. Avec l’Assemblée nationale – institution politique –, cela peut suffire.
. l’essentiel doit être l’institutionnalisation de ce que ne fut pas assez périodiquement le Conseil national du Parti du Peuple, et de ce qui s’est cherché avec les « journées de concertation » d’Octobre 2005 et se cherche avec les « états-généraux de la démocratie » : une instance, probablement annuelle, et convocable entretemps exceptionnellement, où tout peut se débattre et où le président de la République, les ministres, les responsables des grandes entreprises nationales, des juridictions suprêmes s’expriment et sont mis à la question en commissions, en ateliers, ou de tout autre manière, en allant au fond des choses. Il en sort des décisions. Celles-ci comme naguère sont exposées – dans tout l’intérieur du pays – à travers des forums locaux ou régionaux, lesquels font remonter les doléances, critiques vers cette instance – quel nom, quel statut ? c’est secondaire, sa réunion et la liberté du débat, tout le temps qu’il faut pour aboutir à la décision consentie par tous ou à peu près, sont l’essentiel.

Ce à quoi il faut ambitionner d’arriver, n’est pas que telle personnalité ou tel parti ait un jour sa chance d’arriver au pouvoir après le retrait ou la défaite de l’équipe régnante, c’est que quotidiennement toutes les forces vives du pays – et l’armée, aussi – soient associées à la décision et à l’exécution de la décision.
Faut-il l’écrire en forme de Constitution ? sans doute pour le régime présidentiel et le monocaméralisme. En profiter au passage pour que le contrôle de constitutionnalité des textes, et éventuellement des abus de l’exécutif, soit possible et effectif, pour que ne soient pas lettres mortes les références dans le préambule de l’actuelle loi fondamentale, à tant de textes fondateurs des droits, des libertés, de l’éthique et des valeurs religieuses bien comprises. Mais l’instance décisive, il faut la laisser apparaître, se roder et devenir le grand rendez-vous national annuel. C’est la participation à cette instance – pratiquement souveraine – qu’il faut régler à partir d’une connaissance approfondie de la société mauritanienne, que je n’ai pas, mais qui est à la portée des collectivités traditionnelles et de toutes formes associatives modernes : partis, syndicats, initiatives, associations de jeunesse, des femmes, de la vie locale, groupements d’intérêts, etc… désignations consensuelles de délégués, auxquelles pouvoir et opposants, tels qu’ils s’identifieraient au Parlement ou au Conseil économique, social et commercial, pourraient ajouter.

La responsabilité et le talent du président de la République sont de susciter et incarner un consensus, ils ne sont ni la dictature qui se termine toujours mal, ni la négociation de couloirs qui impatiente et déçoit tout le monde. Du pluralisme des institutions constitutionnelles et parallèles naissent le contrôle politique et la discussion des alternatives. Quant à la gabegie ou à la corruption, leurs racines sont dans une incompréhension des mécanismes du pouvoir – quand celui-ci n’est pas conforme au tréfonds de l’expérience nationale et traditionnelle : alors l’étranger ou l’intérêt privé corrompent le décideur à leur portée, alors les gens cherchent à se servir et dissimuler au plus vite.

La Mauritanie me semble assez méditative ataviquement, et – hélas – assez proche de redoubler les quelques trente ans de dictature ou de démocratie de façade qu’elle a déjà subis, pour inventer ces institutions-là. Il n’est pas exclu qu’alors, elle apprenne beaucoup aux pays riches où augmente le « déficit démocratique » sur leur propre authenticité, et aux Africains comme aux Arabes que la réalité locale appelle et inspire des institutions locales.

Bertrand Fessard de Foucault . 21 XI 08



mardi 4 novembre 2008

lettre de soutien aux putschistes - lecture annotée

lecture personnelle de la lettre ouverte signée par 38 personnalités mauritaniennes - le 20 Octobre 2008 à l'ouverture des consultations avec l'Union européenne

Bref commentaire de la lettre ouverte
adressée au Président de la République française
par quelques personnalités mauritaniennes

en sus de l’annotation de cette lettre et de l’identification des signataires






le procédé n’est pas nouveau.
Jacques Chirac avait été destinataire au moment des débats aux Nations Unies sur l’Irak, et avant lui François Mitterrand à la veille de la guerre du Golfe. Il confirme une confiance et des affinités ;



la Mauritanie est signataire du traité ACP de Cotonou et du statut de l’Union africaine, elle a été le 4 Juillet 2008 la première à ratifier les instruments du Conseil de sécurité et de paix qui l’a précisément condamnée : la lettre ne fait pas état de ces engagements par traité
; elle ignore aussi la résolution du Parlement européen (4 Septembre) pour ne s’en prendre qu’à l’Union africaine, ce qui est contraire à sa tradition diplomatique et surtout à son fond ;



nulle part, la lettre ne mentionne les ou des militaires, a fortiori le principal d’entre eux
, le général Mohamed Ould Abdel Aziz dont le pouvoir n’est pas exercé en collège et qui s’est donné, sans même le texte de l’ordonnance constitutionnelle des pustchistes, le titre de chef de l’Etat – à lire le texte, on pourrait croire qu’il s’agit d’une affaire entre civils, la junte s’étant camouflé en Haut Conseil d’Etat, ce que les putschistes de toutes générations n’avaient encore jamais fait ; ils s’identifiaient toujours en Comité militaire ou en Conseil militaire ;



la rédaction de la lettre n’étant pas datée, on ne peut savoir si l’omission des « états-généraux de la démocratie » dont le principe a été admis trois jours avant le début des consultations avec l’Union européenne (17 Octobre) et l’organisation confiée au Premier ministre nommé par Mohamed Ould Abdel Aziz – tient à ce que la rédaction et la collation des signatures sont antérieures à cette annonce, ou au contraire si elles signifient le peu d’importance à attacher à cet exercice – l’analogue avait eu lieu du 25 au 29 Octobre 2005 et avait défini l’instance de contrôle des scrutins indépendante des militaires et le calendrier de ces scrutins ; il n’y a donc aucune évocation de l’élaboration d’un consensus, d’un calendrier électoral et donc aucune esquisse de « sortie de crise » : la lettre se lit comme une mise en garde de la France, présidente en exercice de l’Union européenne, contre les conséquences d’une persistance de sa réserve vis-à-vis du « changement » opéré le 6 Août 2008 ; signée le 20 Octobre, c’est-à-dire le jour-même de la première réunion de consultations entre la République Islamique de Mauritanie et l’Union européenne, l’omission des « états-généraux » et la mise en garde, sans indication quelconque d’une issue de crise sont bien une mise en demeure de respecter sans inventaire le libre-arbitre des Mauritaniens, pratiquement délégué aux militaires – selon la théorie de la souveraineté nationale explicitement placée en tête de toutes les chartes constitutionnelles pustchistes



les marches et motions de soutien l’été de 2008 sont calquées sur celles de l’été de 2005 et même sur celles saluant l’échec de la tentative de putsch de Juin 2003
: les mêmes autorités morales et spirituelles, 2008 se distinguant par l’émergence d’entités jusques-là inconnues et n’ayant jamais figuré en campagnes électorales – les « instructions » du chef d’Etat auto-proclamé au gouvernement nommé discrétionnairement sont analogues ;



les putschistes n’ont pas la majorité des 3/5èmes requise dans chaque chambre par l’article 99 de la Constitution du 20 Juillet 1991, toujours censément en vigueur
, sauf l’exercice, collégial censément aussi, de la présidence de la République, pour pouvoir opérer une révision et la soumette au referendum - l’habileté ayant consisté à ne pas suspendre le Constitution et à ne pas renvoyer le Parlement peut se retourner contre la junte
(67 députés sur 95 le 13 Août, mais plus que 56 le 20 Août & 39 sénateurs sur 56 le 13 Août et 37 le 20 – effectif évolutif selon le cours des événements – les résultats du vote de confiance au gouvernement de Moulaye Ould Mohamed Lafhdaf, nommé par la junte, n’ont pas été publiés : en séance 57 députés, le 20 Septembre)
le président de chacune des deux chambres récuse la « rectification »



manquent aux signatures
les précédents chefs d’Etat pustchistes, au moins les colonels Mustapha Ould Mohamed Saleck et Mohamed Khouna Ould Haïdalla, tous deux résidant souvent à Nouakchott (le second ayant communiqué son soutien au mouvement du 6 Août) – et le colonel Ely Ould Mohamed Vall, à qui fut refusé par Mohamed Ould Abdel Aziz, la position de réserve qui l’aurait rendu éligible à l’élection présidentielle suivant celle de 2007 (quel qu’en soit la date…) – manquent aussi les Premiers ministres récents : celui de la période de transition démocratique 2005-2007 (Sidi Mohamed Ould Boubacar : 7 Août 2005 – qui avait également été Premier ministre d’Ould Taya : 18 Avril 1992) et le premier nommé par Sidi Ould Cheikh Abdallahi dont le changement avait été le prétexte à l’hostilité parlementaire depuis le mois de Mai (Zeine Ould Zeidane : 20 Avril 2007) – manquent enfin deux des organisateurs de la précédente transition démocratique : un colonel HR Cheikh Sid’Ahmed Ould Babamine, ancien ministre et président de la CENI (commission électorale indépendante de 2005-2007) ; Habib Ould Hemet, organisateur des journées de concertation d’Octobre 2005



les signatures recueillies, sauf cinq ou six, ne sont pas probantes. Elles montrent au contraire la faiblesse du mouvement des militaires.
Il s'agit de peronnalités connues pour avoir, dès la prise du pouvoir par la junte, affiché publiquement leur soutien sans la moindre réserve ou retenue. A l’exception du colonel Viyah Ould Maayouf, tous les anciens ministres cités ne l’ont été que sous un des régimes militaires. Aucun hartani, que quatre originaires de la vallée du Fleuve : trois Poular, un Soninké, aucun Ouolof. Les fonctions actuelles sont occultées au profit d'anciennes. Sur les 38 signataires, 17 sont originaires des deux Hodh, cest-à-dire de l’Est mauritanien personnalités connues pour leur soutien au régime en place autrement dit. Absence de membres de professions libérales ou de personnalités connues par leur passé démocratique ou leur engagement pour la défense des droits de l’homme. En réalité, aucun ralliement marquant à l’état de fait. Ce sont pour la plupart des concours au coup qui s’avouent./.


Bertrand Fessard de Foucault – 2 Novembre 2008

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en caractères normaux - le texte initial
en italique, mes annotations



LETTRE OUVERTE




A Son Excellence
Monsieur Nicolas Sarkozy
Président de la République Française
Président en exercice de l’Union Européenne

Monsieur le Président,
Le 6 Août dernier un changement est intervenu au sommet de l’Etat mauritanien. Un Haut Conseil d’Etat s’est substitué à l’institution présidentielle alors que les voies constitutionnelles de solution à la crise politique – opposition au nouveau Premier ministre depuis Mai 2008 d’une majorité parlementaire menée par les futurs pustchistes depuis le remplacement du Premier ministre nommé au début de son mandat présidentiel par Sidi Ould Cheikh Abdallahi – n’étaient pas épuisées. Le Président était d’accord pour un débat de censure et pour la constitution de la Haute-Cour à l’ouverture de la session . en principe le 10 Septembre .

Les causes de ce changement sont multiples et il serait long de les aborder ici – il serait intéressant au contraire de les connaître . pour la « consommation intérieure », il s’est agi d’insécurité, de gabegie puis de blocage des institutions quand l’épouse du chef de l’Etat a été mise en question (fonctionnement de son ONG) . la réalité est que les putschistes ont refusé de perdre les postes qu’ils occupaient et s’étaient réparties d’autorité avant l’élection présidentielle . motif : garder sa place. Notons, seulement, que ce changement a été vivement souhaité et bien accueilli par une large majorité de mauritaniens – c’est à démontrer . la chronologie des motions et marches de soutien montre des réticences, des décalages de plusieurs jours . la géographie de ces marches aussi .

D’autres citoyens, non moins mauritaniens et sans doute de bonne foi, ont exprimé une opinion différente. L’opposition au putsch est frontale : manifestations réprimées dès le 6 Août, puis le 11 Août, et surtout les 5.6 et 7 Octobre – désaveu des présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat qui jugent illégale la session extraordinaire du Parlement et par conséquent tous ses actes (mise en place de la Haute Cour, comparution de l’épouse du chef de l’Etat en commission sénatoriale avec interrogation de niveau commissariat de police, investiture du gouvernement nommé par les putschistes) : position répétée avec force en Mauritanie et à l’étranger par Messaoud Ould Boulkheir, président de l’Assemblée nationale qu’on a tenté de démettre d’un mandat valable pour toute la durée de la législature – défaut de réception des émissaires de Nouakchott dans bien des villes et localités au point que depuis le 1° Novembre, ce sont des membres de la junte qui vont désormais porter la bonne parole

Le Parlement, - il n’a pas été dissous comme lors des putsches de 1978 et de 2005, tout simplement parce que les élections aux deux chambres, en Novembre 2006 (Assemblée nationale) et Janvier 2007 (Sénat) avaient en grande partie influencées par les militaires, et qu’à dessein elles précédaient l’élection présidentielle pour en chambrer le gagnant quel qu’il soit. Il semble cependant que Sidi Ould Cheikh Abdallahi « indépendant » était le candidat des militaires, alors qu’Ahmed Ould Daddah et Messaoud Ould Boulkheir étaient chacun à la tête de partis inscrits dans la géographie, la sociologie et la durée majoritairement favorable au mouvement rectificatif – 67 députés sur 95 le 13 Août, mais plus que 56 le 20 Août & 39 sénateurs sur 56 le 13 Août et 37 le 20 – effectif évolutif selon le cours des événements – les résultats du vote de confiance au gouvernement de Moulaye Ould Mohamed Lafhdaf, nommé par la junte, n’ont pas été publiés : en séance 57 députés, le 20 Septembre, a appelé au dialogue et proposé un projet de feuille de route, pour une transition politique acceptée et co-gérée par les différentes parties, en vue d’une élection présidentielle transparente et irréprochable . cette feuille de route, adoptée le 14 Septembre a été elle-même « rectifiée » dès le surlendemain du vote car elle contestait à la junte le pouvoir de légiférer en matière électorale – les élections de 2006 et 2007 avaient été organisées par une commission électorale nationale indépendante nommée consensuellement . la CENI . très appuyée en logistique par l’Union européenne – sous la « démocratie de façade » d’Ould Taya de 1992 à 2003, chaque élection a été présentée comme transparente et irréprochable . la condition décisive : neutralité et inéligibilité des militaires ne figure que de manière très indirecte dans la feuille de route adoptée le 14 Septembre mais plus dans l’analyse présentée en conférence de presse le 17 – elle n’est jamais acceptée par Mohamed Ould Abdel Aziz, qui, de ce fait, n’a pas obtenu la participation gouvernementale du RFD et d’Ahmed Ould Daddah .

A ces propositions d’ouverture, l’une des parties a opposé le préalable du retour aux affaires du président destitué – le Front national pour la défense de la démocratie a publié un memorandum très détaillé donnant un bilan et des sorties de crise.

Les autres parties arguent, que depuis l’indépendance, et malgré le grand nombre de changements à la tête de l’Etat, aucun président n’a guère été rétabli.

En raison des risques évidents – l’argument de la guerre civile est nouveau en Mauritanie : le remplacement des futurs putschistes dans leurs postes a été présenté par les soutiens de la « rectification » comme fauteur de cette guerre civile, le peuple ne l’a jamais souhaité et encore moins les intéressés eux-mêmes – pur mensonge, Moktar Ould Daddah emprisonné dix-huit mois puis condamné à perpétuité par contumace en 1980 ne pouvait pas s’exprimer, Mohamed Khouna Ould Haïdalla a été emprisonné pendant les cinq ans suivant son renversement en 1984 et Maaouyia Ould Sid’Ahmed Taya n’a pu rentrer au pays depuis son renversement en 2005, pas plus que la communauté internationale – elle l’a prétendu, quoiqu’à tort dans le cas d’Ould Taya – François Mitterrand, dans les quatre mois de son arrivée à l’Elysée, a proposé, en accord avec Hassan II, à Moktar Ould Daddah de le faire « revenir », le père-fondateur a refusé de revenir au pouvoir entre les baïonnettes étrangères,.

Pour nous, mauritaniens, ces positions momentanément divergentes n’occultent en rien notre capacité de compromis et notre tendance à privilégier le consensus.

Notre culture pleine d’humanisme et de spiritualité, nous a appris à cultiver la vertu du dialogue et enseigné la faculté de l’oubli et du pardon.

Notre stoïque patience a toujours permis d’arranger nos problèmes et restaurer nos harmonies, vg. renversement d’un homme unanimement respecté, au moins personnellement, Moktar Ould Daddah, en 1978 - mort suspecte d’Ould Bouceif, alors homme fort en Mai 1979 – exécution de deux anciens membres du comité militaire Ould Sidi et Ould Bah Ould Abdel Kader s’étant révolté contre Ould Haïdalla en Mars 1981 -, renversement et emprisonnement d’Ould Haïdalla en Décembre 1984 – massacres de 500 officiers et soldats Toucouleurs en 1989-1990 – hantise du complot de 1980 à 1990 – tentative difficilement réprimée de coup militaire en Juin 2003 – renversement d’Ould Taya en Août 2005 – arrestation par les putschistes des officiers qui devaient les remplacer au matin du 6 Août 2008.

C’est pourquoi notre plus grand souhait, aujourd’hui, est que nos frères, amis et partenaires veuillent bien s’imprégner de notre philosophie et s’inscrire dans notre logique.

Ils se doivent d’être, pour nous, des facilitateurs bienveillants.

Monsieur le Président,

La mémoire collective universelle ne retient, et ne voudrait d’ailleurs retenir, de la France que le pays des Lumières, la patrie des droits de l’Homme et du respect des choix des peuples et des Etats.

Notre mémoire à nous retient bien plus que cela :

La France avec laquelle nous avons construit, au fil du temps, des relations fort privilégiées. Des relations, certes complexes, émaillées de résistances, d’adversité, mais aussi d’amitiés, diverses et multiformes, de respect et de loyauté, de fraternité d’armes et d’universalité, dans un enrichissement mutuel de langue et de culture.

La France, un grand pays ami que nous respectons, et qui nous a toujours fascinés par ses valeurs, fondement de sa personnalité, de sa grandeur et de son rayonnement.

La France à laquelle nous sommes redevables de notre existence, en tant qu’Etat-Nation, qu’elle a toujours su accompagner, soutenir et protéger.

La France qui nous a prouvé, en toute occasion, l’intérêt qu’elle accorde à la stabilité de notre pays, en raison de sa position stratégique et de son espace géopolitique, charnière entre le Nord et le Sud du Sahara, et au centre de la sphère culturelle arabo-afro-islamique – c’est l’œuvre de Moktar Ould Daddah, qu’il résumait mieux et plus lapidairement que les signataires : trait d’union – et qu’a raillée le colonel Ely Ould Mohamed Vall dans le premier entretien accordé à Jeune Afrique en Octobre 2005.

Monsieur le Président,

Au vu de ce qui précède, mais aussi de ce qui suit, nous croyons avoir de bonnes raisons pour nous autoriser à vous interpeller, pour attirer votre attention sur le danger qui guette notre pays, envers lequel la France a une responsabilité, historique.

Monsieur le Président,

Vous avez, sans doute, en mémoire que le premier Etat central mauritanien a été installé par la France, en 1960. Cet Etat est encore jeune, c’est dire combien nos structures politiques et sociales sont fragiles. – cette analyse ne tient pas. La Mauritanie s’analysait elle-même (débat d’investiture du premier gouvernement, selon la « loi-cadre » en 1956-1957 comme un projet d’Etat tenant aux structures administratives mises en place par la puissance coloniale depuis 1903 – une partie du problème mauritanien comme de toute l’Afrique subsaharienne est au contraire la pérennité de structures sociuo-politiques « traditionnelles » antérieures à la domination étrangère – les structures « modernes » ne sont efficaces que quand elles permettent la transposition de ces structures traditionnelles, notamment la décision par consensus – qui est tout le contraire des systèmes d’alternance au pouvoir et d’un certain manichéisme copiés de l’Europe occidentale et de l’Amérique anglosaxonne – les structures mauritaniennes sont solides puisqu’elles ont survêcu au renversement du père-fondateur, à trente ans d’autorité militaire et aux dramatiques semaines de pogroms de part et d’autre du fleuve Sénégal au printemps de 1989

C’est également, vous amener à convenir, avec nous que si les attaques hostiles à notre pays continuent, elles pourraient bien, qu’à Dieu ne plaise, venir à bout des remparts politiques, juridiques, sécuritaires et moraux, qui le protégent. – le chantage à Al Qaïda ou au salafisme a été joué par Ould Taya en Juin 2005 et c’est ce qui a décidé Ely Ould Mohamed Vall et Mohamed Ould Abdel Aziz de le renverser (l’équipée de Lemgheity) – il a été au contraire reproché à l’automne de 2007 à Sidi Ould Cheikh Abdallahi de démontrer que la Mauritanie n’est pas une terre d’élection pour le terrorisme – l’affaire de Tourine, à 20 kms de la cité minière de Zouératte, le 15 Septembre est suspecte, peut-être même organisée quand l’outil parlementaire (la feuille de route) a paru incertain : les corps n’ont pas été rendus aux familles – Ould Taya avait joué aussi du terrorisme international contre ses compatriotes originaires de la vallée du Fleuve Sénégal, en Novembre 1986

Dans ce cas la Mauritanie n’aurait pas le choix et ne serait même pas responsable de ce qui pourrait arriver. Seule la communauté internationale devait en répondre, car, au mieux, elle aurait acculé et poussé notre pays dans des retranchements de désespoir ; au pire, elle l’aurait précipité vers une «somalisation» aux conséquences incalculables. Dans le premier cas ce serait la faiblesse de l’Etat, dans le deuxième, sa négation. Chantage aussi à un recours à la Russie, à la Chine

Monsieur le Président,

La courte période de règne du Président déchu nous a édifié sur ce qui peut arriver, en cas d’affaiblissement de l’Etat : émeute de la faim avec mort d’hommes, assassinat de touristes français, attaques contre les garnisons de l’armée, fusillade en plein centre de la capitale, annulation du Paris-Dakar pour cause de menace terroriste, etc. qui était à la tête des forces armées lors de ces drames, sinon les putschistes ? est-ce à un président civil d’organiser la sécurité d’un pays en dehors des forces armées ?

Qu’adviendrait-il alors en l’absence totale de l’Etat ? on est hors sujet – la question est de pourvoir à une direction de l’Etat acceptée par toutes les parties mauritaniennes

En l’occurrence, la Mauritanie deviendrait alors un espace de non droit, de l’anarchie, de la terreur, et une plaque tournante de trafic de la drogue ; où des groupes hors-la-loi, rebelles ou terroristes, séviraient à travers des jonctions dangereuses, allant de la Mauritanie au Soudan en passant par le Mali, le Niger, le Tchad et le Darfour ; où des connexions, fatales, s’établiraient facilement avec des salafistes du Maghreb ; où des populations porteuses du même virus du mal sillonneraient l’Afrique de l’Ouest ; où les immigrants clandestins déferleraient sur les côtes du Nord, fuyant désespérément la misère du Sud.

Monsieur le Président,

Ce tableau noir, schématiquement esquissé, peut, malheureusement, ne pas être une fiction improbable, car il s’agit tout simplement d’une extrapolation prospective d’un réel vécu.

Monsieur le Président,

L’idée de l’Union Euro-méditerranéenne est si fraîche que les démocraties de la rive Nord n’ont pas encore eu le temps de déteindre sur celles de la rive Sud. En cela l’uniformité n’est peut-être ni souhaitable, ni réalisable tant les spécificités sont tenaces – même réticences qu’exprimait Ould Taya à ses collaborateurs au retour du sommet de La Baule, marquant, à l’initiative de la France, le début d’un processus de relative démocratisation de l’ancienne Afrique d’expression française. A ce stade de notre développement socioculturel et politique, nous ne retenons principalement de la démocratie que la notion du libre choix, valable autant pour les individus que pour les peuples et les Etats. – y a-t-il eu libre choix le 6 Août 2008 – le coup du 3 Août 2005 n’a été bien accueilli que pour deux raisons : Ould Taya était détesté unanimement ou majoritairement, les militaires promettaient des élections qu’ils ne contrôleraient pas et n’investiraient pas eux-mêmes (une commission nationale électorale indépendante nommée par consensus) – à supposer que le 6 Août 2008, Sidi Ould Cheikh Abdallahi était autant détesté (en réalité, il lui était reproché d’être faible devant les militaires et de ne pas décider la dissolution de l’Assemblée et le renvoi de son entourage militaire), il reste que la seconde condition d’acceptation du putsch par la population, n’est toujours pas remplie – au contraire se prépare une élection plébiscitaire de mohamed ould Abdel Aziz, d’abord porté par une campagne de signatures (donc sans garantie d’un vote à bulletins secrets) contre « l’ingérence étrangère » et « un quelconque embargo »

C’est pourquoi, au lendemain du changement du 06 août 2008, nous avons été à la fois surpris et indignés par la levée de boucliers de la part de pays frères et amis à la Mauritanie.

Nous nous attendions plutôt à plus de compréhension, à une attitude positive – la communauté internationale a été plus que patiente : les visas ont été accordés aux autorités nommées par les putschistes, les ministres de ceux-ci ont été acceptés et entendus dans toutes les réunions de leur niveau, y compris celles traitant des droits de l’homme ! les conventions de pêche ont été renouvelées avec l’Union européenne ; les entreprises européennes et notamment françaises continuent à contracter et à investir (Total… Gaz de France), les espagnoles et les allemandes aussi . Comprendre la Mauritanie dans ces circonstances, c’est respecter le choix de la majorité de ses citoyens – quelle est la manifestation de ce choix ?, quitte, par la suite, dans la discrétion pour ménager la face des putschistes ? mais ceux-ci ménagent-ils la communauté internationale en montant leurs compatriotes contre l’étranger, en jouant une xéophobie qui ne trompe personne en Mauritanie et n’est qu’artifice des médias publics, en défiant l’Union africaine et en s’appuyant sur le précédent du Zimbabwe ! auprès des ACP et la confiance, à lui faire part des conseils et suggestions recevables.

C’est cela l’amitié, c’est cela la fraternité, les vraies.

Mr le Président,

L’entêtement de l’Union Africaine sous l’influence de certains de ses membres représentés au sein de ses instances dirigeantes, à mobiliser la communauté internationale contre la Mauritanie sous le prétexte fallacieux d’imposer la démocratie, nous inquiète par les perspectives dangereuses qu’il semble vouloir ouvrir et la volonté manifeste de faire de notre pays un cas d’école – le président de la Commission de l’Union africaine, le commissaire compétent pour la sécurité et la paix sont venus plusieurs fois à Nouakchott : ce n’est pas de l’a priori. La « sortie de crise conforme à la Constitution mauritanienne » recouvre plusieurs possibilités qui ne résument pas à la seule remise en selle du président – toujours emprisonné et interdit de communication avec quiconque

Pas de mention de la résolution du Parlement européen votée le 4 Septembre

La position de la France exigeant le retour d’un Président – la France n’a communiqué que sur son souhaite de la stabilité, il n’y a pas encore de décision en conseil de ministres de l’Union européenne – le secrétaire d’Etat à la Coopération a manifesté à trois reprises sa disposition à venir à Nouakchott moyennant des conditions minima – celles-ci ne sont pas acceptées par les putschistes (à la connaissance de l’annotateur) , qui est la source principale de la crise est particulièrement incompréhensible pour la grande majorité des mauritaniens.

L’appel de la France au sein de la communauté internationale en vue de l’entraîner à prendre des sanctions des plus sévères contre la Mauritanie, constitue une prise de position particulièrement choquante et une escalade d’une gravité extrême – ce ton est peu admissible et contredit les coups de la brosse à reluire à peine plus haut.

Monsieur le Président,

Il est de notre devoir, en tant que responsables mauritaniens – à quel titre : du passé ? et lequel ? cf. commentaire de chacune des signatures attachés aux intérêts nationaux de notre pays et prioritairement sa dignité, mais aussi soucieux de sauvegarder les liens privilégiés que nos deux peuples et nos deux Etats ont su tisser tout au long de relations devenues séculaires, de faire appel à votre sens de la responsabilité, à vos qualités d’homme d’Etat, afin que La France et la Mauritanie ne soient pas entraînés dans un engrenage régional et international qui ne manquerait pas de casser cette harmonie tant matérielle que morale, des rapports que nous avons toujours su préserver des tempêtes contingentes – l’affaire de l’officier mauritanien, convaincu de torture et interpellé en France, en sorte qu’Ould Taya se départit totalement de l’assistance technique militaire française

En cela, Monsieur le Président, nous prenons la responsabilité au nom d’un grand nombre de nos concitoyens, de vous dire que dans cette crise deux points sont pour l’écrasante majorité des mauritaniens inacceptables:

· Le retour (au pouvoir) de l’ex-président – il n’est pas même libéré pour être seulement assigné à résidence.

· Les mesures de sanctions en vue de faire plier la Mauritanie sous la contrainte – il n’y a pas encore eu.

En dehors de ces deux questions, tout le reste peut être discuté entre mauritaniens en présence facilitatrice et bienveillante de nos amis et partenaires au développement en tête desquels nous plaçons la France. Pas d’ouverture sur le retrait des militaires et des élections dans les meilleurs délais

Dans cette perspective, monsieur le Président, nous vous assurons de notre disponibilité en tant que leaders d’opinion – la plupart ne sont pas reconnus en tant que tels à apporter notre contribution pleine et entière à toute sortie de crise honorable pour tous.

Veuillez agréer, monsieur le Président de la République, l’expression de notre haute considération.

Les signataires

caractéristiques communes- il s'agit de personnalités connues pour avoir, dès la prise du pouvoir par la junte, affiché publiquement leur soutien sans la moindre réserve ou retenu - parmi les signataires, il n y a aucun hartani - sur les 38 signataires, il n y a que 4 originaires de la vallée du Fleuve (3 Poullar et un Soninké et donc aucun Ouolof) - les fonctions actuelles sont occultées au profit d'anciennes - sur les 38 signataires, 17 sont originaires des deux Hodh : l’Est du pays - il s'agit de personnalités connues pour leur soutien au régime en place autrement dit à ceux qui gouvernent, hormis peut être cinq ou six exceptions - absence de membres de professions libérales et de personnalités connues par leur passé


1. Colonel Viyah Ould Maayouf, ancien Ministre, ancien chef d’Etat Major de la Gendarmerie Nationale il est à la retraite et depuis le début des années 80, il n'a occupé aucune fonction ; effectivemnt il fut chef d'état major de la gendarmerie et a été ministre de la Construction en 1976 de Moktar Ould Daddah (premier militaire à entrer dans un gouvernement et, mieux encore, à y détenir un portefeuille typiquement civil) ; il est l'un des éléments les plus crédibles

2. Sid’Ahmed Ould Bneijara, ancien Chef de Gouvernement, ancien Médiateur de la République gouverneur adjoint de la Banque centrale de Mauritanie avant le premier putsch, celui de 1978, il est le civil qui a poussé les militaires à renverser le père-fondateur Moktar Ould Daddah, il a été l’éphèmère Premier ministre d’Ould Haïdalla en 1980-1981 lors de la tentative de celui-ci d’établir une nouvelle Constitution et de rendre le pouvoir aux civils, il a servi tous les régimes militaires, il anime la coalition des députés soutenant actuellement la junte ; il était membre d'une « initiative » pour mettre fin au mandat de Sidi Ould Cheikh Abdallahi

3. Colonel Mohamed Sidina Ould Sidya, ancien Ministre des Affaires Etrangères, ancien Ministre de l’intérieur ancien ministre des Affaires Etrangères et chargé de la permanence (secrétariat exécutif) du Comité militaire de salut national, ancien ministre de l’Intérieur (sous Ould Taya), éclipsé depuis 1992 sans pouvoir rentrer en grâce

4. Colonel Mohamed Mahmoud Ould Deh, ancien Ministre, ancien chef d’Etat-major de la Gendarmerie Nationale membre de tous les Comités militaires, puis directeur inamovible du port autonome de Nouakchott, reconverti dans les affaires depuis - l'un des principaux actionnaires d'une banque aujourd'hui en redressement après qu'il ait cédé ses action à bon prix et grand propiétaire foncier à Nouakchott

5. Ahmedou Ould Sidi Ould Hanena, ancien Ministre(sous Ould Mohamed Salek et Ould Haidalla), ancien Ambassadeur (sous Ould Taya) - occupé les fontions citées sans envergure, membre d'’initiative’ pour soutenir les généraux

6. Moloud Ould Sidi Abdallah, ancien Ministre, ancien Ambassadeur (sous Ould Taya) la rumeur en fait le champion du détournement de biens publics et l’un des plus corrompus du personnel politique, membre d' ‘initiative’ pour soutenir les généraux

7. Hbib Ould Ely, ancien sénateur (sous Ould Taya), ancien président de la Chambre de Commerce - membre d' ‘initiative’ pour soutenir les généraux

8. Heibetna Ould Sidi Heiba, ancien Ministre, ancien Recteur de l’Université de Nouakchott – , (sous Taya) cosignataire avec Said Ould Hammody et d’autres d’une lettre ouverte à Mitterrand en 1990 lors de la première guerre du golfe - dissimule ses fonctions actuelles : président de la HAPA (haute autorité de la presse et de l'audio visuel) après sa participation à un débat à la télévision nationale où il s’est affirmé idéologue du coup d'Etat; pourquoi n’est-ce pas dit ?

9. Bouh Ould Mohamed El Mokhtar, Juriste , membre d'’initiative’ pour soutenir les généraux

10. Lafdal Ould Abd El Wedoud, ancien Secrétaire d’Etat ancien directeur de l’ENA et effectivement ancien Secrétaire d’Etat (sous Ould Taya)


11. Colonel Ahmed Ould Ahmed Aida, ancien Chef d’Etat-major de la Garde Nationale - membre du premier Comité militaire (CMRN) en 1978 qui renversa Moktar Ould Daddah ; depuis plus de 15 ans : président du Croissant rouge mauritanien qu'il gère, selon la rumeur, en propriété personnelle ; pourquoi n’est-ce pas dit ? – grand nom, famille émirale de l’Adrar

12. Ahmed Ould Youssef Ould Cheikh Sidya, ancien Bâtonnier de l’ordre des Avocats très grand nom, mais envergure discutée

13. Eby Ould Doussou, ancien Sénateur (sous Ould Taya)

14. El Arbi Ould Kerkoub, ancien Préfet il peut être considéré comme élément plus ou moins indépendant

15. Sidi Ould Ahmed Deya, ancien Ministre (sous Ould Taya) - nommé par la junte Inspecteur Général de l'Etat après son animation d'initiative pour soutenir les militaires, lui aussi remarqué en débats à la télévision nationale

16. Mohamed Ould Mohamed Salem, Avocat guère connu au barreau de Nouakchott

17. Saad Ould Louleid, chercheur, Pr. Du FNDD/Choix National ingénieur agronome et ancien directeur du fameux projet Oasis (sous Taya) - d’abord farouche opposant au putsch, a changé sa position pour animer une grande ‘initiative’ et drainer du soutien au coup d'Etat ; certains pensent qu’il été payé mais comment ?

18. Abdi Ould El Waghef, Agronome prison durant quelques années pour détournement ; sa signature ne surprend pas

19. Capitaine Jeddou Ould El Haki, ancien Directeur de la Sûreté Nationale ancien avocat général à la Cour spéciale de justice sous Ould Haidalla, notamment lors de la mascarade de procès du président Moktar Ould Daddah en Octobre.Novembre 1980 ; exécuteur alors des basses œuvres - ancien préfet (sous Taya)

20. Ali Bakary Kamara, Avocat, ancien Consul Général prison durant cinq ans pour escroquerie et abus de confiance

21. Sid’Ahmed Ould El Khou, ancien député (sous Ould Taya) sans envergure et presque inconnu

22. Devali Ould Cheine, Homme d’Affaires ami et membre d'un groupe politique (le Baas mauritanien soutenu depuis les années 1980 par l’Irak) dont le chef (Mohmaed Yehdhih Ould Breidileid) est considéré comme l'idéoloque attitré de la junte

23. Ba Amadou Racine, ancien Ministre, ancien Ambassadeur (sous Ould Taya) famille connue, élément plus ou moins indépendant

24. Mohamed Lemine Ould El Ketab, ancien Ambassadeur, ancien Recteur.membre d’initiative pour soutenir les généraux

25. Mohamed Lemine Ould Haicen, Avocat, Notaire il n'est plus avocat, mais notaire parce que les deux fonctions sont incompatibles, passe pour très ambitieux

26. Oumar Ould El Mamy, ancien Secrétaire général de Ministère Baas mauritanien

27. Yehdhih Ould Sid’Ahmed, ancien Ambassadeur. homme réservé pour ne pas dire effacé

28. Baba Ould Ahmed Youra, ancien Haut Commissaire de l’OMVS, ancien D.G. de la SNIM grande carrière de technicien : l’OMVS est l’organisation inter-Etats pour la mise en valeur du bassin du Sénégal et la SNIM, fondée en 1972 a hérité de l'ancienne Miferma (société nationale industrielle et minière) à sa nationalisation – emprisonné par Ould Taya en 2000 à la suite de l’affaire des « vallées fossiles » du fleuve Sénégal – transfuge éminent du R F D, avait dirigé très en vue la campagne d’Ahmed Ould Daddah en 2006-2007 ; c’est la bonne recrue

29. Mohamed Lemine Ould Soueilem, professeur

30. Sall Amadou Abou, ancien député-Maire (sous Ould Taya)

31. El Mokhtar Ould Hemeyada, ancien Secrétaire Général de Ministère (sous Ould Taya).

32. Salle Aliou, Cadre de Banque

33. Mohamed El Mahjoub Ould Ahmed Mahfoud Ould Boya, ancien Directeur de la Culture

34. El Kebir Ould Selamy, Ingénieur.cousin de Mohamed Ould Abdel Aziz, le chef de la junte - ancien directeur de l’aviation et ancien responsable des programmes CILSS (sous Ould Taya)

35. Mohamed Mahmoud Ould Hamady, Inspecteur de l’Enseignement Fondamental. inspecteur à la retraite et membre d'un groupe qui soutient avec force la junte depuis les premiers jours

36. El Meimoune Ould Abdi Ould Jiyid, ancien Secrétaire Général de Ministère membre de l’UFD (Ahmed Ould Daddah) jusqu'à 1995 pour se ranger ensuite complètement du côté de ceux qui gouvernent

37. Ahmeda Ould El Jeilani, ancien D.G. de la CNSS. (sous Ould Taya)

38. Ely Ould Sneiba, Professeur à l’Université de Nouakchott membre d’une’initiative ‘ soutenant les militaires


Nouakchott, le 20 Octobre 2008

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Texte anonyme, n’appelant donc pas de commentaire

D’UNE LETTRE OUVERTE A UNE AUTRE




A messieurs les signataires
De la lettre ouverte du 20/10/2008
Au président de la République Française

Messieurs,

Dans votre lettre ouverte du 20 octobre 2008, vous interpellez le président de la République Française pour lui faire part de votre conception de l’inadmissible. C’est un droit démocratique.

Mais ouvrant, à tous, la lecture de votre courrier, vous vous adressez, également, à la France entière et j’en suis citoyen. Permettez-moi donc de réagir, tout aussi publiquement, à vos propos. C’est un autre droit démocratique.

Votre complainte démarre sur un singulier euphémisme qui brouille, d’emblée, les cartes. Le problème actuel n’est pas qu’il y ait eu «changement», le 6 août dernier, dans votre pays, il est que ce «changement» fut une rupture de l’ordre constitutionnel.

Plus de 60% des français sont, actuellement, mécontents de leur président. Soutiendraient-ils, pour autant, un coup de force militaire rompant l’ordre constitutionnel? C’est que, voyez-vous, nous avons fait des choix électoraux pour cinq ans, et nous les assumons.

Le peuple mauritanien n’aurait-il pas un tel sens de la responsabilité collective? Ce serait l’insulter et je refuse, d’autant plus, cette hypothèse, que les préliminaires sociaux à votre «changement» se sont limités à l’activité, certes intense, d’une dissidence parlementaire. Nul mouvement de masse ou d’opinion exigeant la destitution du président.

Cela pose la question, décisive, de la nature de votre «changement». N’ayant, a priori, aucune légitimité populaire, s’est-il agi d’une rébellion ou d’un complot?

Dans le premier cas, l’affaire se réduit à un refus d’officiers supérieurs d’obéir au chef suprême des armées, qui les démettait de leur fonction. C’était, non seulement le plein droit démocratique, là encore, de celui-ci, mais c’était, de surcroît, le strict devoir militaire de ceux-là de s’y soumettre. Comment les experts que vous êtes jugent-ils un tel comportement?

Dans le second, les parlementaires «frondeurs», à tout le moins, seraient de mèche avec les généraux rebelles : le «changement» aurait été mûri de longue date. La forfaiture s’ajouterait donc à la trahison. Y seriez-vous associés, messieurs?

On comprend, en tout cas, l’empressement à organiser, a posteriori, un engouement populaire, fût-il des plus succincts. Il permet de flouer, effectivement, l’opinion, à qui l’on enseigne, pourtant et une nouvelle fois, le caractère très relatif de sa souveraineté. Mais il ne trompe pas les citoyens responsables, pas plus en Mauritanie qu’en France, ni partout où l’exercice de la citoyenneté a du sens.

Cependant, tout se négocie, de nos jours, même les crimes. Et ce d’autant plus que les victimes ont, elles, le sens des responsabilités, le goût du compromis et des capacités de pardon et d’abnégation. Les généraux et leurs éventuels complices, leurs soutiens abusés, vous-mêmes, voudraient-ils nous faire croire que, non seulement le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, mais aussi le peuple mauritanien seraient dénués de cette «culture pleine d’humanisme et de spiritualité», dont vous vous prétendez, si partialement, les uniques dépositaires? Ce serait ajouter l’injure au parjure…

Mais, bien évidemment, la situation, générée par votre «changement», comporte suffisamment de dangers pour justifier un traitement mesuré de sa problématique. Vous avez bien raison de les souligner, démontrant ainsi l’irréflexion et l’inconséquence, sinon le machiavélisme, des auteurs, avoués ou masqués, de la rupture du 6 août.

Soyez certains que l’opinion française, attachée autant aux principes de la souveraineté populaire qu’à l’amitié, séculaire, avec votre pays et son jeune Etat, défendra les uns et l’autre, auprès, non seulement de son propre gouvernement et de ses partenaires européens, mais aussi de vos compatriotes qui les menacent.

En cette tâche responsable, l’ami, voyez-vous, n’a cure de la recevabilité de ses conseils et suggestions. Il cherche le bien de son frère et ne craint pas de lui dire ce qu’il pense, en toute sincérité. Souffririons-nous, à cet égard, d’incompatibilité culturelle inconciliable?

Certes, on comprend bien que la majorité, écrasée, de votre beau pays envisage, avec inquiétude, les sanctions économiques que génèrerait l’obstination de la junte à piétiner le droit constitutionnel. Mais il s’agit de défendre un maigre pouvoir qu’a pu arracher, après des années de dictature, votre peuple, avec l’aide du nôtre, notamment, qui comprenait qu’une part de ses impôts soit engagée dans cette libération.

La démocratie était en marche en Mauritanie, tant bien que mal, et n’avait besoin d’aucun «prétexte fallacieux pour s’imposer». Votre formule est inquiétante. Elle suggère, en effet, que la démocratie n’est plus dans l’ordre de vos priorités. Et certes : le caractère très peu populaire de vos signatures peut vous dispenser de tels soucis. C’est un droit, tout-à-fait oligarchique, cette fois. Mais vos privilèges sociaux ne risquent-ils pas, rapidement, de souffrir, eux aussi, de ce choix?

Il reste un mois pour revenir à de plus justes perspectives. Le peuple français, qui a donné, il y a quelques mois, sa part de sang à votre difficile marche vers la stabilisation d’un Etat de droit, les peuples européens qui acceptent de participer au financement de cette noble entreprise, restent avec le peuple mauritanien dans l’épreuve. Je fais, moi-même, humblement partie de ces amoureux obstinés qui n’ont cessé de fréquenter votre sol et ses généreux habitants, en dépit des menaces dont vous avez évoqué l’instrumentalisation possible.

Mes séjours et tous ceux des étrangers, africains, américains, européens ou asiatiques, œuvrant dans votre pays, convergent vers une fraternité en actes avec chaque mauritanien, dans le respect de nos différences. Ainsi se construit un univers. Sans participer à votre vie politique nationale, et ce n’est pas y prendre parti que de dire le vrai, nous sommes, tous, concernés par ses avancées démocratiques.

Nous les défendrons, toujours, devant nos opinions nationales respectives. Mais, s’il vous plaît, défendez-les, vous-mêmes, sur votre sol, sans imputer, aux gestionnaires de nos contributions à la démocratie, les conséquences de vos malheureux errements oligarchiques : c’est, tout de même, la moindre des choses.

Avec toute la considération due à l’éminence de vos signatures,


Mohamed DUPONT
Citoyen français


Entre Nouakchott et Paris, le 25 octobre 2008